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C’est le grand jour du départ. Celui du retour annoncé à la vie de sédentaire. Devenues «gens du voyage», nous préparons psychologiquement à reprendre notre métro-boulot-dodo d’avant… Après 4 h de Ferry nous voici arrivées à minuit au Port d’Athènes. Excitées à l’idée de retrouver notre vulcain-sauna. Mais horreur, malheur, la fenêtre a été forcée. Un malfrat est entré par effraction, mais sans rien voler! Nous en perdons notre grec. A Microlimano, le petit port d’Athènes, nous croisons deux flics qui nous nous emmènent gentiment au poste pour déposer plainte. Icônes sur murs décrépis, ambiance mauvaise série policière pour notre dernière soirée grecque. Le commissaire en chef est hyper nerveux et bourré de tics. Au moment où la sonnerie de mission impossible retenti de son portable, nous partons dans un éclat de rire. Pire encore quand ils nous demandent quelle est notre religion pour jurer sur la Bible de la véracité de notre témoignage. Mortes de fatigue, nous passons notre dernière nuit par 40° à l’ombre de notre vieux camping car. Le repos des amazones avant un jour sans fin de voyage: 4 heures de route Athènes-Patras. 20 heures de ferry, dans une ambiance la croisière s’amuse et 8 heures de route depuis Ancona jusqu’à Lausanne. Mais ça c’est une autre histoire.

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Moment doux

Incontestablement, Dennis, 49 ans et homo assumé, est notre bouffée de douceur, apothéose de notre périple. Dans sa maison blanche aux volets bleus typique de Mykonos, il nous a accueillies comme des reines. Il a joué les taxis, nous a emmené sur sa plage fétiche, Elia, et a fait notre lessive (qui sentait tellement bon!), petites culottes comprises. Un vrai bonheur de se faire chouchouter de la sorte. Même quand on l’a sorti du lit à 4 heures du mat parce qu’on avait perdu nos clés, il nous a ouvert la porte avec le sourire. A l’heure du départ, il nous a offert des petits savons bio parce qu’on lui avait dit qu’on les adorait. Nous on avait la larme à l’œil (tél. mobile: +30 6932 968841).

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Aujourd’hui, en route pour la tournée des plages. Flo veut tenter la vespa, mais Fabienne, au vu du cortège de jambes égratignées, de sparadraps et bandages aux genoux prend peur. Nous optons pour une Cinquecento. Mais la conduite entre les hordes de vespas qui se faufilent et mangent les virages est terrible. Pour se faire respecter un seul mot d’ordre, qu’un grec nous a enseigné: Malka! (littéralement et dans le texte: connard) Nous testons la plage de Panormos la sauvage (tél. 22890 27640). Des pouffes en maillot argent se trémoussent devant leurs vieux amants. A Psarou la snobinarde (él. 22890 22440), les familles grecques paradent pendant que leurs nounous philippines les déchargent des taches ingrates comme jouer avec les enfants! A Paranga, la plage est sublime mais chaque taverne pousse la techno à fond, dans un brouhaha dantesque. Pour couronner ce marathon des plages, nous filons à Superparadise, LA plage où la fête bat son plein 24h sur 24h. Plus la journée avance, plus les décibels augmentent de pair avec le taux d’éthylisme. Sur des rythmes endiablés, males huilés hyper bodybuildés en short moulant et créatures sculpturales se trémoussent sur les bars, sur la scène, dans l’eau.

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Pour fêter dignement notre dernière soirée nous dînons chez Catherine (tél. +30 22890 22169), repaire des Onassis, Paris Hilton ou Gaultier. Périclès, le patron fêtard est lancé, il veut absolument nous emmener faire la tournée des bars de Bouzouki, la musique grecque traditionnelle. La tactique pour esquiver le traquenard local? Balancer les shots de Mastiha (un alcool anisé) ou les coupes de champagne par-dessus son épaule pendant que l’hôte détourne le regard! Kala, daxi (oui oui, ok, ok) on sourit, en tentant de garder la face. Au moment de rentrer, Périclès nous livre son secret: «Pour trouver ton chemin suit le vent, quand il s’engouffre dans la ruelle, c’est qu’elle mène au port. Simple comme kaliméra!»

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Encore fébrile de la soirée d’hier, nous déjeunons au port,. Deux capuccinos, deux croissants et deux salades de fruits pour la modique somme de… 30 euros. Ici c’est la fête tous les jours, surtout celle des commerçants! Nous passons l’après-midi à visiter et traquer les pélicans au plumage rosé, les rois de l’île. Ils défilent fiers comme des paons dans les ruelles, en bloquant les badauds.

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Nous finissons à Little Venice pour une plongée sociologique dans le hot point de drague: la terrasse du Caprice. Nous enchaînons au restaurant Aqua (tél. +30 22890 26083). Nikos l’un des patrons détaille le tourisme mykoniote. «Depuis les années 70 nous avons une clientèle de haut vol, familles d’armateurs grecques, show biz international, fêtards invétérés et évidemment la clientèle gay qui fait partie du paysage local.» Ce soir, Paul n’épilogue guère sur ses conquêtes. Quant à Steve, cette année, il a décidé de rester fidèle. A la quête de notre trentenaire, nous filons au bar select et bondé, Astra (tél. 22890 24767). Paul ravi, s’investit à 100% dans notre mission: partir à la pêche aux jolies filles. Mais cette nuit, rien dans ses épuisettes… «Les grecques sont très ouvertes souriantes mais dès que tu leur adresse la parole, on dirait qu’elles sont sur un tapis roulant. Elles s’enfuient.»

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5 h du mat. Fraîches comme des poulpes séchés, nous filons au port pour rejoindre l’île de Mykonos, ancien repaire de pirates devenu temple de la jet set, l’apogée de notre road trip. Après 4 heures de «Highspeed» confortable, les pales des moulins pointent à l’horizon. Sur le quai, Dennis notre hôte nous accueille, le cheveu ébouriffé par le Meltemi, un vent violent qui souffle le froid depuis un mois. Il nous emmène à Elia Beach, haut lieu de ralliement de la communauté gay où s’exhibent les corps huilés et épilés. Nous traversons les vallées désertiques de l’île, dépassés par des hordes de cagols en vespas ou en quad. «Et dire qu’il y a une vingtaine d’années, il n’y avait presque que des ânes à Mykonos», soupire Denis. Rendez-vous au bar Caprice pour le coucher du soleil. Surprise, nous tombons sur Richard, Steve et Paul, des amis de Londres qui nous invitent à poursuivre au Nammos, puis au Cavo Paradiso, un club techno fashion. Trop de monde, on grimpe dans un taxi qui nous balade trois fois autour de l’île.

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A quatre heures du matin, le taximan nous décharge comme de vieux sacs loin de notre maison. Un peu avinées, nous avons de la peine à nous repérer. On devait y arriver grâce à l’église sur la promenade de mer d’Akti Kampani mais voilà… il y a plus de 365 églises à Mykonos! Un autochtone nous explique pourquoi: les pirates construisaient des églises pour se dédouaner. L’autre version: une loi préconisait que celui qui construisait une église pouvait bâtir sa maison à côté. Arrivées devant notre home sweet home, une maison de chaux blanche Flo a perdu les clés. Nous réveillons Dennis, notre sauveur qui nous ouvre le porte du royaume de Morphée, avec le sourire.

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Après avoir tournicoté dans les rues étroites de la capitale, on se pose au port du Pirée. Corinne entonne, guillerette, «Les enfants du Pirée» de Dalida. Ca doit être l’approche de son départ qui la rend nostalgique, et nous aussi. La visite de la ville et de Mykonos se feront sans elle. Commence une chasse au taxi impitoyable qui va être récurrente lors de notre séjour grec: ils s’arrêtent quand ils veulent et vous emmènent où ils veulent. Un concept qu’il va falloir vite assimiler. Corinne en route pour l’aéroport, nous entamons l’ascension de l’Acropole qui domine majestueusement la ville. Sous un vent à déguiller les colonnades, nous tombons en admiration devant le Parthénon et les fesses athlétiques des statues grecques. Notre plongée historique est coupée par une meute d’adeptes européens de Herbalife en congrès annuel à Athènes.

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Après les ruelles du quartier branché de Plaka, on passe par Monastiraki, la zone commerçante. Sur son marché aux puces, on trouve de tout, même une vieille Remington à 30 euros qui a failli rejoindre nos reliques dans la soute du camping car. Le fourmillement de la ville tranche avec le calme de l’Albanie. Touristes obligent, on se voit happées par des vendeurs ambulants dans un brouhaha constant. Si le Grec crie, ce n’est pas parce qu’il est fâché, juste parce qu’il cherche à attirer l’attention. Ce soir nous abandonnons, notre roulotte à quai, la larme à l’œil, car elle n’est pas prévue pour les sentiers insulaires.

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Notre arrivée en Grèce se fait sous la pluie, direction les Météores. Une panne de GPS nous propulse sur une route qui n’est pas la bonne, mais qui nous fait découvrir le côté obscur du pays: un col en épingle digne de nos paysages helvético-montagneux, un télésiège et une station de ski. Un panneau indiquant: souvlaki, moussaka and co nous redonne le moral. On est sur la bonne route. A notre arrivée au camping Meteora Garden, nous sommes accueillies par le patron, un sosie de Zorba le grec , qui nous tend des loukoums à la fleur d’oranger. De quoi se mettre à l’heure grecque d’entrée.

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Réveil magique au pied des Météores, ces imposants pitons rocheux surmontés de monastères classés au Patrimoine mondial. C’est un des endroits les plus touristiques du pays que nous n’allions pas rater. Mais notre timing serré ne nous permet de n’en visiter qu’un seul: le Monastère de Varlaam. A bout de souffle après une montée de marches exténuante, on découvre la beauté du site, ses fresques, ses icônes, ses triptyques et ses niches de prières. Seul bémol, la nuée de touristes et le sens des affaires des nonnes qui cassent l’idée que nous nous faisions de ce lieu de recueillement autrefois interdit aux femmes. Les visiteuses doivent se couvrir les genoux et les bras sous peine de se voir prêter des jupes infâmes, façon gilet pour descendre les poubelles du «Père Noël est une Ordure».

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Ce matin, Céline lance l’alerte: le Vert Robert Cramer, conseiller d’Etat genevois, est en Albanie. Juste là, assis à la table à côté d’elle. Drôle d’endroit pour une rencontre. Ni une, ni deux, Fab enfile son Moleskin dans son sac et fonce à la rencontre de Cramer pour tenter de recueillir ses impressions sur ce pays. On se croirait dans un épisode de la Chasse aux trésors… La mission de Céline? Retenir le politicien en lui expliquant notre périple. Mais comme il est sur le départ, la rencontre se fait dans le hall de l’hôtel, entre deux valises. «Je passe des vacances sur la côte en famille, avec un couple d’amis dont la femme est albanaise. Je suis enchanté par ce pays. Nous revenons de Butrint, un parc national et enchaînons sur Gjirokastra», énumère Cramer, détendu. Alors que de nombreuses personnes – mal informées et guère curieuses – ont affiché des mines apeurées à l’évocation de notre étape albanaise, nous en profitons pour lui demander si lui-même avait des a priori sur le pays. «Non, aucun. L’Albanie me fait penser à la Grèce il y a quelques années ou à la Provence il y a 25 ans. Certains villages sont abandonnés, car les habitants préfèrent s’installer en ville. Mais il y a tant à y découvrir.» Pas le temps de s’épancher, sa femme s’impatiente, leur bus les attend. C’est le moment aussi de dire au revoir à Céline et Endri, qui continuent leur voyage en amoureux jusqu’à Gjirokastra alors que nous quittons l’Albanie pour la Grèce. Cap sur le nord-est, dans la région des monastères des Météores. Et comme notre GPS ne fonctionne toujours pas, nous ne sommes pas au bout de nos péripéties…

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Moment doux

Notre guide interprète Endri a été top du début à la fin. Impeccable quand il a fallu aborder de jeunes et jolies Albanaises pour leur poser nos questions indiscrètes, et exemplaire quand il devait nous traduire en deux secondes les menus pour contenter nos estomacs affamés. Rien que pour le fait d’avoir supporté pendant presque une semaine quatre filles quasiment 24h/24h, il a tout notre respect. On le comprend lorsqu’il a eu besoin de s’isoler quelques heures, sur la plage à Dhërmi, quand une voulait de l’ombre, l’autre du soleil et la troisième une bouteille d’eau alors qu’on n’avait plus de cash sur nous. Un grand merci pour nous avoir fait découvrir son magnifique et surprenant pays.

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Le réveil n’est pas brillant: Valse de têtes chiffonnées et de dents qui poussent. A retenir: dans ce pays, on ne lésine pas sur les doses d’alcool. Nous nous accoutumons doucement aux us et coutumes locales et, jour du seigneur oblige, nous filons à la plage. Jeunes couples avec enfants, familles aisées tiranaises se retrouvent au bord de cette mer turquoise, avec sable fin et musique à coin. Mais écouter du Depeche Mode au fin fond de l’Albanie, ça vaut le détour. Sans coups de soleil et les batteries rechargées à bloc, pour affronter ces routes aux allures de grand huit. Direction de Saranda, à l’extrême sud du pays, secoués dans tous les sens pendant quatre heures, nos teints sont devenus verdâtres. Mais c’est le prix à payer pour découvrir ces paysages pittoresques, bien loin de la modernité – relative certes – de Tirana.

La nature est sauvage et la plupart des maisons sont en cours de construction, comme abandonnées. Partout des peluches râpées et des tresses d’ail pendent aux chenaux, pour conjurer le mauvais sort. Les odeurs de sauge se mêlent à celle des troupeaux de chèvres et de vaches qui se baladent en liberté et nous stoppent au beau milieu de la route. Le dépaysement est total. Galvanisé par ce petit air de liberté, nous voilà inspirées par des rythmes de bloxploitation (la musique balck seventies). Nous déchantons au détour d’un virage en épingle qui nous est fatal dans la région de Himara.

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C’est la touchette avec une Mercedes qui venait en sens inverse, la première depuis le début du périple. La peinture de l’aile arrière du véhicule est devenue très pop. Flo s’arrête et entame la négociation avec Endri toujours impeccable en interprète. Perdu au milieu de nulle part, nous avons trois solutions: soit on s’arrange à l’amiable, soit on appelle la police pour le constat (mais le poste le plus proche est à 2 heures de route et c’est dimanche), soit c’est échange d’e-mails, présentation de la facture du garagiste et virement bancaire pour rembourser les réparations. A cette dernière proposition, le conducteur lève les yeux au ciel et nous regarde avec des yeux ronds, comme si nous étions tombées d’Actarius. Il veut du liquide. A cours de leks, on lui propose euros et francs suisses, marchandant à la baisse le montant du dégât, en prétextant que nous n’avons rien de plus sur nous. On n’est pas des lapins de trois semaines non plus! Il finit par accepter le deal à contrecœur.

Nous reprenons la route au pas en prenant soin de klaxonner avant chaque virage. A mi-chemin au détour d’une colline nous découvrons la baie de Porto Palermo. Le lieu est magique, hors du temps. A l’époque communiste, un souterrain construit entre mer et roche abritait les sous-marins et une base militaire aujourd’hui désaffectée. Face à elle, une forteresse construite sur une presqu’île, au début du XIXe siècle par Ali Pacha de Tepelena pour sa femme se dresse fièrement. Lord Byron y aurait même séjourné. Propriétaire des terres environnantes et d’un petit restaurant sur le site, Romeo nous raconte qu’il est le descendant du général Bollano, un homme respecté à l’époque où Porto Palermo était une zone franche. Ce jeune albanais rieur et déterminé a grandi en Grèce. «Mon grand-père, comme beaucoup d’Albanais du sud se sent grec. Dans le village, il y a 15 ans, on parlait même le grec. Si je te fais la chronologie de tous les changements de frontière dans cette région depuis des siècles, tu comprendras pourquoi c’est si compliqué…» Exproprié sous l’ère communiste, sa famille cherche à récupérer ses terres. «Je me battrai pour le moindre mètre carré. Même si c’est beaucoup de temps, et d’argent. On te demande souvent des bakchich pour obtenir des papiers officiels. Légalement c’est compliqué car après la chute du régime, le président Berisha a promulgué une loi pour donner des parcelles aux pauvres. Et il leur a donné une partie des terres de ma famille. Pleins d’espoir et de projets, Romeo ajoute que pour construire la nouvelle Albanie, il faudrait améliorer la sécurité du pays, restituer les propriétés privées, réviser l’infrastructure comme les routes ou l’électricité et enfin développer le tourisme. Nous reprenons la route, conquises. Nous, on voterait pour lui! Retour à la réalité, celle d’une autre époque, lorsqu’une vieille femme tout de noir vêtu, qui conduit ses trois vaches au milieu de la route se signe. Trois fois d’affilée en nous voyant avancer au pas. Vision maléfique? Amazones trop légèrement vêtues, de petites vertus? Nous ne saurons jamais ce que nous suscitons dans l’imaginaire de cette nënë. En tout cas elle nous le crie bien fort, en évitant de nous croiser notre regard et avec une gestuelle peu amicale… Retour à la civilisation aux abords de Saranda, ville située près de la frontière grecque. Juste le temps de manger une morse, de faire un petit tour sur la jetée qui a des airs de station balnéaire italienne familiale et d’être traumatisées par des dizaines d’énormes sauterelles volantes qui nous font pousser des cris de dégénérées. L’une des sept plaies d’Égypte s’abattrait-elle sur nous? La vieille avait-elle eu une prémonition? Nous chercherons les réponses pendant notre sommeil.

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Comme on se la joue «Club des cinq» pour notre étape albanaise, pas moyen de dormir tous dans le camping-car. Après une nuit plutôt courte passée dans un hôtel douteux, on ne s’éternise pas et on continue notre route vers le sud. On découvre la beauté de la côte albanaise, installés pour un café matinal sur la terrasse de l’hôtel Liro avec vue panoramique du haut des rochers sur la mer turquoise (bonne adresse à retenir, excellent rapport qualité prix). Nous poursuivons notre rallye des côtes avec un nouveau point de ravitaillement terrasses: l’Hôtel Paradise, pour déguster des antipasti et un délicieux loup de mer grillé de plus d’un kilo, qu’on a choisi sur le plateau de poissons frais du jour.

On est prêt pour reprendre la route. Une route complètement chaotique et tortueuse, mais magnifique. Dans un virage un peu trop serré, un bus jaune manque de défoncer l’habitacle. Hurlements pétrifiés de Flo et Fab à l’arrière. Corinne esquive de justesse, sifflotant. Pour se remettre de nos émotions, on s’arrête boire de l’eau de source au bord de la route. On espère que nos estomacs «suisses et aseptisés» tiendront le choc… Arrivés au sommet du col, un vent à décorner les bœufs balaie le paysage. Le point de panorama avec vue plongeante sur le doigt de mer qui sépare la mer adriatique de la mer ionienne vaut une séance de photos. La descente sur Dhërmi, considérée comme la perle du littoral, se mérite. Les virages en épingle et les ravins vertigineux nous rassurent moyennement. Sur la réserve d’essence, l’arrivée à Dhërmi est un peu tendue. Lieu de prédilection favori des habitants de la capitale, pour la fête et les plages, on s’attendait donc à une station balnéaire branchée, avec toutes les commodités d’usage: parking, banque, station d’essence, un genre de Portofino local en somme. On avait oublié pour un temps que nous étions en Albanie. En pleine période de transition et de développement, le gouvernement a bien d’autres priorités que de s’occuper l’infrastructure touristique. La route pour accéder au minuscule village est tellement étroite que notre vulcain peine à se frayer un chemin sans égratigner les voitures parquées à la sauvage.

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La petite station balnéaire est charmante avec ses terrasses sur la mer, ses petits hôtels, ses bars et ses plages. Mais c’est le soir que tout s’anime. Le village se remplit de fêtards venus spécialement de Tirana pour le week-end et qui n’hésitent pas à braver les quatre heures de route chaotique. Après un crochet au Camel, un bar à ciel ouvert dont la terrasse est construite autour d’un grand arbre, c’est au Havana Club, directement au bord de la plage, que nous retrouvons la foule. Sur des rythmes latinos, les jeunes femmes se déhanchent pendant que nous sirotons des cocktails ultra-chargés, bien installés dans des canapés qui surplombent la piste. Mais cette table, il a fallu batailler pour l’obtenir. Dans ce pays, tout est toujours réservé: parasols, parkings, tables. Tout l’exercice consiste à convaincre que c’est vous qu’ils attendaient… Les tentures blanches flottent au vent du large, l’ambiance se réchauffe et après quelques hésitations, nous ne résistons plus à l’appel de «La vida es un carnaval…», titre qui nous poursuit depuis le début de notre périple. La nuit n’en finira pas… Sous nos fenêtres, les gardiens du parking éméchés, hurlent, rigolent s’engueulent, durant une partie de carte qui se terminera au petit matin…

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Au petit déj, Endri essaie de refiler à Fab une part d’un gâteau typique qui fait grossir rien qu’en le regardant, avec des noix, des noisettes et de la crème, beaucoup de crème. Un genre de cake triple couches à l’américaine. Une morse et nous voilà calées pour la journée. Association d’idées peut-être, notre hôte enchaîne en nous parlant mariage traditionnel à l’albanaise. La fête se déroule sur quatre jours, du jeudi au dimanche, dont trois dédiés à la future mariée. Du jeudi au samedi, elle enchaîne fête avec les copines, visite à domicile des amis de la famille, et rebelote pour une fiesta le samedi. Des célébrations avec plusieurs tenues dont deux robes de mariée, de quoi amortir l’achat. D’ailleurs, des magasins spécialisés proposent des robes meringues à tous les coins de rues.

En pleine digestion post-gâteau albanais, sous une chaleur de plomb, nous voilà saucissonnés à six, chauffeur compris, dans la Mercedes. Les kilomètres qui séparent Durrës de Tirana nous semblent interminables, d’autant qu’avec la chaleur, nous commençons à coller les uns aux autres. Dès l’entrée dans la capitale, le long de la rivière Lana, on découvre des immeubles aux façades multicolores qui ressemblent aux Avanchets à Genève. Au pouvoir depuis 2000, le jeune maire, Edi Rama, a dynamisé la ville. Artiste peintre à l’origine, il a encouragé les Tiranais à colorer les austères blocks communistes pour leur redonner le moral. Une mesure qui lui vaut le soutien inconditionnel de ses électeurs, jeunes et moins jeunes. Il a aussi «nettoyé» la ville des constructions illégales et anarchiques qui s’amoncelaient dans certains quartiers du centre. Arrivés sur la Place Skanderberg au cœur de la ville, on tente LA photo du jour: les Trois Grâces escaladant la statue du héros national à midi tapante. Le résultat n’est pas à la hauteur de nos espérances, nos têtes sont minuscules et l’escalade pathétique. Raté. Mais la vue est imprenable sur la place et la mosquée Haxi Et’hem Bey, qui date de 1794. On a longuement hésité à poser sur le capot de la Mercedes dans un «lavash», mais on entendait déjà les féministes crier au scandale face au cliché «Girls in car wash».

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Curieuse de découvrir le Times local, Flo le réclame à un kiosquier. Il hoche la tête de haut en bas. Perplexe, elle attend, lui tend un billet insistant, mais il la fixe et hoche la tête encore. «Il se fout de moi?» Il grommelle en albanais «Je te dis que j’en ai pas!» Il faut savoir que quand un albanais hoche la tête ça veut dire non et quand il la secoue de gauche à droite, c’est oui! Nous voici dans le quartier où l’on vend des téléphones portables au marché noir. Les objets «tombés du camion» sont exposés dans les coffres des Mercedes alignées. Deux flics passent et empochent une liasse. Retour de monnaie ou ripoux? On n’en saura pas plus. Et nous avons d’autres réseaux, virtuels, à fouetter.

Nous voici donc à la recherche du Saint-Graal du journaliste en exil: une connexion internet. Dans le quartier du Block, un panneau indique «Abissnet, WiFi». On se pose sur la terrasse de l’Insomnia dans le fol espoir de se connecter à notre rédaction. Après de multiples tentatives infructueuses, on fulmine. Un coup d’œil au nom du lieu aurait dû nous mettre la puce à l’oreille. Zéro connexion dans les abysses… On se réconforte dans un des meilleurs et plus anciens restaurants de la ville, le Piazza, tenu par une famille d’albanais émigrés à New York. Taglioni aux courgettes, tomates et scampis ou Gambas au soja, miel et sésame, on se régale. Un blanc sec albanais, le Cobo, met tout le monde d’accord. A la table voisine, des pontes en costard cravate de la télé locale discutent affaires à coups de toast. On se croirait dans un épisode des Sopranos, version albanaise. C’est sans doute le meilleur spot pour jouer les mouchards. Parce que des mouchards il y a. Ricardo l’italien rencontré en Croatie nous avait raconté qu’il faisait du business «dans l’immobilier» avec un parrain local. Comme le système bancaire albanais n’était pas lié à l’international, il avait rapatrié un million d’euros dans quelques sacs… Mais à son arrivée sur les cotes italiennes des individus cagoulés, avertis du deal l’avaient détroussé. D’ailleurs, récemment le gouvernement albanais a promulgué une loi qui interdit la circulation des bateaux et jet skis de particuliers sur le littoral. Car la nuit, c’est là que les gros poissons opèrent pour la contrebande en tout genre avec l’Italie, situé à 70 km seulement.

Nous continuons notre route vers le sud de nuit, en longeant les côtes pour rejoindre Vlora. Sur les routes défoncées, Florence appuie sur le champignon avec Endri en copilote. A l’arrière, les filles préparent un petit encas, essayant tant bien que mal de faire des sandwichs, mais la scène est épique avec les secousses et les tremblements du bus. La Fërgëse en bocal achetée dans une épicerie de Durrës, ce sera pour une autre fois, s’il se renverse, on est mort. Barrage de police en rase campagne, un agent bedonnant aux airs de sergent Garcia version illyrienne, semble plus intéressé par notre étrange équipage qu’à nous alcotester! Qu’est-ce qu’on pense de la gastronomie du pays et des policiers locaux? Heureusement, Endri répond en albanais, ce qui coupe court à une discussion du bout de gras qui aurait pu durer des heures. Amical le gendarme gratifie Flo d’une grosse tape sur l’épaule. Oh! On est peut-être des routardes mais on n’est pas des camionneuses non plus.

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